• À la surface de l'eau

    J'ai tout d'abord écrit cette très courte nouvelle pour le concours de la nouvelle Georges Sand, mais pensant qu'il ne fait pas le poids, je préfère vous le donner à lire. Un texte assez sombre, contrairement à ce que j'aime écrire d'ordinaire.

     

    À LA SURFACE DE L'EAU

     

    Catherine se souvient de cette villa au bord du lac. Elle y allait chaque week-end avec ses parents. Le soleil baignait l'eau paisible d'une lumière or. Et Catherine plongeait avec satisfaction dans cette eau glacée et se laisser aller à contempler la vallée qui l'entourait. Puis, frissonnante, elle sortait, s'enveloppait dans une serviette et s'amusait avec son père à faire des ricochets. Après une longue quête de galets plats sur la berge du lac, tous deux les lançaient contre la surface, en cassant légèrement le poignet pour que le galet fende l'air, bien à l'horizontale. Et chaque fois, le galet de Catherine était celui qui allait le plus loin. Son père s'indignait en riant, curieux de connaître son astuce. Et Catherine souriait de toutes ses dents. C'était... le bonheur. Tout simplement.

    Mais c'est quand on perd quelque chose qu'on se rend vraiment compte de sa valeur. Aujourd'hui, Catherine arrive à la villa et admire la vallée, nostalgie ancrée dans le cœur. L'endroit n'a pas changé, mais rien ne sera plus jamais pareil.

    La maison est vide. Une énorme couche de poussière recouvre chaque meuble. Sur la table du fond, une photo entourée de bougies éteintes attend dans l'ombre. Catherine l'effleure, le cœur gros. Puis se détourne. Elle s'avance vers le lac. Les galets plats sont toujours là, l'eau dorée également. Catherine met un pied dans l'eau. Éclate en sanglots. Elle plonge la tête la première, se laisse porter par l'eau, admire le ciel qui allume quelques étoiles rien que pour elle. Elle a retrouvé le lieu qui a bercé son enfance, elle ne veut pas être si triste. Mais si c'était aussi simple...

     

    Catherine a mis du temps à se souvenir du trajet jusqu'à sa villa. Ses parents et elle y allaient toujours tous les trois, en voiture. Mais Catherine ne pouvait pas aller leur demander de l'y amener. Elle n'était même pas sûre qu'ils l'auraient écoutée. Alors, ayant du temps à perdre, elle est partie à pied. Sur les routes. Elle a tenté l'auto-stop, mais tous l'ont ignorée. Elle ne compte plus les larmes qui ont accompagné son voyage. Elle a tellement pleuré qu'elle n'est pas sûre de pouvoir verser une larme à nouveau un jour.

    Au bout d'une semaine de marche, elle est enfin arrivée à la villa. Et maintenant elle est là, assise sur la berge après s'être abreuvée de l'eau limpide, une boule de désespoir dans la gorge. Elle ne sait plus que faire, ni où aller. Elle n'a plus personne, elle n'a plus rien.

    Un, deux, trois, quatre... vingt rebonds ! Catherine se souvient de ce ricochet. C'était le plus beau qu'elle ait jamais fait. Chaque impact de la pierre avec la surface de l'eau y laissait des ondes circulaires qui se répandaient tout autour pour ensuite disparaître. Là, tournée vers cette eau qu'elle regarde pensivement, Catherine se dit que sa vie ressemble au trajet de son petit galet sur l'eau. Il avance, puis rebondit, encore et encore, et coule d'un seul coup. Pour la pierre comme pour Catherine, cette fin tragique est due à l'attraction terrestre.

     

    Catherine tente d'attraper un galet. Mais il ne bouge pas. Elle soupire, tente une nouvelle fois, en vain. Depuis que cet avion dans lequel elle se trouvait s'est crashé, Catherine erre, à la recherche du repos, et sa mort cruelle veut qu'elle demeure à jamais dans le lieu qui fut autrefois sa source de bonheur. 


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