• Quand le lieu nous révèle l'Homme

    Texte inspiré de la citation : " Toute sa personne explique la pension, comme la pension explique sa personne. "

    Martin trébucha en entrant dans le petit local : un gros carton faisait obstacle, ainsi qu’un autre, un mètre plus loin, et un autre encore. Ils s’étalaient dans la pièce comme un essaim de gros insectes gris, et contenaient des kilos de papier blanc. Du moins, blanc, c’est ce qu’il fut auparavant, pensa Martin en empoignant une feuille. Elle était entièrement recouverte d’une écriture en patte de mouche, illisible, si bien qu’on aurait dit que la feuille avait entièrement été peinte en noir. Martin la reposa soigneusement dans le carton et scruta la pièce à la recherche de sa soeur. Alice était sûrement sortie s’acheter à manger. Il décida de l’attendre et s’assit sur son lit, le seul coin ordonné de la pièce. Les draps étaient soigneusement pliés et le matelas était impeccable. Cependant, une légère couche de poussière sur le lit apprit à Martin qu’Alice n’avait pas dormi dedans depuis un bout de temps. Des jours, voire des semaines ? Il ne la surveillait pas assez. Elle était de trois ans son aînée, et pourtant il devait constamment se tenir derrière elle pour la remettre sur pied. Pour Martin, c’était simplement une gamine qui avait mal grandi.
    La pièce sentait le renfermé et une odeur nauséabonde de vieille transpiration. La chaise du bureau était zébrée d’empreintes brunes et Martin préféra les ignorer plutôt que d’imaginer ce que cela pouvait être. Il s’approcha de la fenêtre pour aérer la pièce, en essayant de ne pas trébucher sur les cartons qui lui barraient le chemin. Mais il ne vit pas celui qui était à moitié dissimulé sous le fauteuil en cuir et s’étala de tout son long au sol. La tête contre le plancher poussiéreux, il remarqua une pile de vêtements roulés en boule sous le lit. Son nez le piquait fortement. C’était cette pile de vêtements qui dégageait cette horrible odeur. Il les empoigna avec dégoût et les jeta dans la machine à laver qui trônait juste à côté du lit. Puis, essayant toujours d’atteindre la fenêtre, il remarqua les nombreuses photos qui étaient tombées du carton. Il fronça les sourcils lorsqu’il reconnut l’homme qui y figurait : Jones. L’idole d’Alice. Ce chanteur qu’il maudissait pour avoir rendu sa soeur complètement dingue. Il ramassa chaque photo avec une grimace et les jeta dans la boîte, puis la remit en place. Il ne voulait pas voir son visage souriant et mystérieux, celui qui faisait tomber chaque femme depuis qu’il était venu au monde. Si seulement la Alice naïve et heureuse, simple et amoureuse, n’avait pas croisé le chemin de ce rockeur qui n’apportait que le mal autour de lui. Folle de lui, Alice s’était enfermée dans la solitude, puisqu’elle n’avait aucun moyen d’atteindre Jones. Alors elle s’était mis en tête d’écrire ce roman. Ce roman qui illustrerait à la perfection la vie du rockeur, qui l’honorerait tel le dieu qu’elle pensait qu’il était. Ce roman qui lui avait fait perdre la raison l’avait conduite à cette débauche que son petit local illustrait parfaitement. Martin soupira en ouvrant la fenêtre. L’air frais qui s’engouffra dans la pièce le soulagea intensément. Depuis les vingt minutes qu’il était là, il se sentait étouffé, écrasé, vide. Ce lieu lui-même reflétait les profondeurs de l’âme de sa soeur, et cela l’effrayait. Il se demandait à quoi elle ressemblait aujourd’hui, depuis les nombreux mois qui avaient suivi leur dispute.

    « Ah, t’es là ? » entendit-il soudain dans son dos. Il se retourna. Une femme habillée en survêtement de sport se tenait face à lui. Elle paraissait avoir du mal à tenir debout, et d’énormes cernes mangeaient son visage blanc. Ses cheveux étaient répartis en plusieurs gros noeuds qui les maintenaient en place, malgré les frisottis rebelles qui partaient en pic vers le haut. Elle s’affala sur le fauteuil et se pencha vers Martin pour l’embrasser. Il fronça le nez. Elle empestait la sueur et cette odeur indéfinissable que porte quelqu’un qui ne se lave pas. Il recula. « Alice... Qu’est-ce qui t’arrive ? » Elle ne sentait pas l’alcool. D’ailleurs, sa manière de bouger et de se tenir assise ne laissaient pas trahir qu’elle se soit soûlée. Alors quoi ? Tout ceci n’était dû qu’à la folie ? Martin tenta tout de même de la tester :
    - J’ai combien de doigts, là ? demanda-t-il posément.
    - Bah deux, tu me prends pour une conne ?
    Cette réplique le cloua sur place : elle n’était pas soûle. Mais alors, elle était réellement folle ? Il ne reconnaissait plus la Alice qui avait partagé son enfance, la Alice maniaque chez qui la poussière était proscrite, la Alice intelligente avec qui il parlait de tout et de rien, la Alice élégante qui attirait les regards chaque fois qu’elle sortait dans la rue.
    Il n’y avait plus que folie, crasse et désespoir. Alice ouvrit le paquet qui contenait son déjeuner. Une odeur de fast food s’en échappa et Martin toussa. Cette odeur ne s’alliait pas très bien avec celle que dégageaient Alice et son local.
    « Je vais aller t’acheter quelque chose de plus sain » dit-il. Avant qu’elle ait pu répondre, il se leva, attrapa ses clés de voiture et claqua la porte.
    Que devrait-il faire cette fois-ci pour retrouver la Alice d’autrefois ?


  • Commentaires

    1
    Samedi 24 Mai 2014 à 10:51

    Bravo !

    2
    Samedi 24 Mai 2014 à 10:55

    Pour le texte ? Merci ! happy

    3
    Samedi 24 Mai 2014 à 10:56

    :) ! Moi j'ai entièrement refait mon blog 1 ! 

    4
    Samedi 24 Mai 2014 à 11:01

    Je vais voir ! :D

    5
    Samedi 24 Mai 2014 à 11:11

    J'ai vu ! Merci :D

    6
    Lundi 26 Mai 2014 à 08:43

    Vraiment bien écrit ce texte. Tu as beaucoup de Talent

    7
    Samedi 7 Juin 2014 à 17:24

    C'est gentil ! wink2 C'est un passage de mon roman que j'ai un peu amélioré, j'ai essayé d'y mettre tout mon coeur :3 Contente qu'il te plaise  !

    8
    Lundi 30 Juin 2014 à 11:11

    Je viens de lire, je peux déjà te dire que ça me plait plutôt, ce texte. Ça sera assez dur de trouver des choses à changer :) Je chercherai aujourd'hui, bisous :)

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