Un an a passé
L’automne est revenu
Une vie collante s’est attachée à moi.
Ne vivant plus d’amour,
Ne vivant plus de rien,
Je me lasse et me traîne.
Mon cœur a refermé ses portes
Sur un sinistre tableau de feu
Il ne laissera plus entrer quiconque.
Une douceur cependant
A réussi à s’infiltrer au sein de mon âme
Comblant mes passions d’un simple regard
Moi qui fus devenue patiente
J’ai trop longtemps résisté
Jusqu’à ce qu’un rapace emporte ma proie sous mes yeux.
Et maintenant,
Les yeux fixés sur sa nuque charmante,
Je me maudis.
Je ne pense plus avec mon cœur
Je pense avec mon âme.
Un bouclier froid a achevé de me tenir à l’écart.
Ouverte de l’extérieur
Close de l’intérieur
Je joue de miroirs.
Si seulement...
Si seulement un jour
L’un avait répondu à mon appel
Si seulement j’avais
Mûri un peu plus tôt
Si seulement ma vie
N’était pas de glace.
Le façonnage de mon bouclier achevé,
J’ai pu vivre entourée d’un étonnant calme
La sagesse ancrée en moi,
Les regards pétillant enfin
J’ai recouvré ma liberté.
Mais le froid s’est insinué en moi
Il s’est attaché à ma peau,
M’a rendue grelottante
Comme un vent d’hiver qui pénètre les vêtements.
Ce froid a pénétré mes os
Il a pénétré ma chair
Il a pénétré mon âme
M’a rendue de glace
M’a craché au visage
Cette haine contenue
Jouant avec mes peines
Jouant avec mon corps.
Je suis rongée de l’intérieur
Par ma haine du genre humain
Tant de souffrances en si peu d’années
Tant de questions dans un si frêle corps
Manipulée par mes démons
Je suis.
Je suis telle un chien suivant son maître.
Je suis telle une femme suivant la mode.
Je suis telle un mouton suivant son berger.
Je suis.
Je suis le genre humain
Son égoïsme, ses pensées
Ses rires et ses querelles.
Je ris comme eux
Je parle comme eux
Je vis comme eux
Malgré tous mes cris de désespoir
Mes freins poussés à bout
Je suis, et le dois
Car pour survivre en ce monde
Penser n’est pas l’atout idéal.
J’avais trouvé le parfait amour.
Celui qui ne fait pas souffrir le cœur.
L’amour subtil et pénétrant
L’amour juteux et fin.
Celui qui bloque le souffle
Qui procure d’imperceptibles frémissements.
Il est toujours présent, quelque part.
Chaque cicatrice a son histoire.
Lorsque je Le vois dans la rue
Ma plaie toute fraîche se déchire
Mes pensées se déchaînent.
Mais cet amour-là est bien révolu.
Ce fut une passion d’adolescente
Une passion fougueuse et imprévisible.
Mon corps appartient désormais à la candeur pure
À la douceur même
J’ai nommé;
Celui qui a valsé avec une autre tandis que le goût amer de la déception emplissait ma bouche
Celui qui se penche délicatement vers son interlocuteur,
Les sourcils froncés, l’oreille attentive
Celui qui représente à lui seul la gentillesse, la bonhomie et la paix.
Celui qui est simple. Sa simplicité le rend beau.
À chaque battement de mes cils, il m’apparaît plus sage.
Je te souhaite tout le bonheur du monde.
Reste l’adorable homme que tu es
Peu importe qui te tiendra la main.
Ses cheveux coupés courts
D’une jolie couleur brune
Son teint de pêche
Ses membres de pantin voûté
Ses gestes sûrs et bienveillants
Ses sourcils froncés
Son oreille attentive
Ses doux mouvements de tête
Son long cou rose et tendu
Ses yeux profonds
Son regard pénétrant
Sa parole au bord des lèvres
Sa prononciation brumeuse
Sa voix tout juste grave et bourdonnante
Son front ample et plissé.
Dans le trio des exquis jeunes mâles,
Il est la peluche,
Mon préféré.
Si je devais dire à quel point il me semble parfait
Les plus subtils mots ne me feraient pas taire.
Mais sa perfection me laisse de marbre,
Le dévorant seulement des yeux,
Je ne m’enflamme qu’en face des impuretés.
Car il est pur,
Candide,
C’est un enfant dans un corps d’homme
Bien qu’il soit si mûr.
Son sourire me fait fondre,
Son rire me heurte l’âme.
Je me délecte de sa vision :
Dans mon idéal ce fut moi qu’il entourait de son amour
En exaltation dans les bras de Morphée,
Je me refusais à soulever les paupières
Et à combattre la réalité de front.
Bien que l’espoir fasse vivre,
Il ne rassasie point.